Ourlets eutrophes

Trifolion medii / Melampyrion pratensis / Potentillo-Holcion / Geranion sanguinei / Holco-Pteridion

Description

L’ourlet est une végétation herbacée* dominée par des plantes dicotylédones* à feuillage large. Il forme une ceinture herbacée* de quelques mètres de large au pied des buissons, des haies et en lisière. La végétation des ourlets se distingue des formations prairiales* par la faible importance des graminées et la présence d’une grande variété d’espèces* qui ne supportent pas un traitement par fauche ou pâture régulières1.

Les ourlets eutrophes sont liés aux sols riches en nutriments*. Dans le contexte des lisières étagées, les ourlets eutrophes sont typiquement présents avec les buissons mésophiles dans la zone de transition entre les milieux ouverts (prairies, pâturages, champs, chemins) et les formations forestières2. Ils peuvent aussi se développer dans les parcs3, au pied des murs3, le long des cours d’eau3, en bordure des zones marécageuses3 ou dans les trouées forestières (chablis*, coupes)2, où ils forment le stade initial de recolonisation de la forêt3 et la strate* herbacée des formations préforestières. La végétation des ourlets eutrophes s’observe fréquemment en étroit linéaire en bordure des chemins forestiers sur les sols fertiles du canton.

La carte cantonale des milieux regroupe à l’échelle du 1: 5’000e les quatre variantes suivantes:

  • les groupements nitrophiles à benoîte commune et alliaire pétiolée (Geo-Alliarion) se développent sur des sols drainants, moyennement secs à frais*, en situation ombragée à semi-ombragée4. Ils sont dominés par le géranium herbe à Robert (Geranium robertianum)3, l’alliaire officinale (Alliaria petiolata)1, 3, 5, le chérophylle penché (Chaerophyllum temulum)3 , la chélidoine (Chelidonium majus)3, la benoîte commune (Geum urbanum)3 ou le torilis du Japon (Torilis japonica)3. Ces groupements présentent souvent un caractère légèrement rudéral* et se rencontrent dans les clairières ou dans les zones anthropisées* comme les parcs, les bordures de haies et les pieds de murs3.
  • les groupements nitrophiles à herbe aux goutteux (Aegopodion) se développent sur des sols peu drainants et frais*, 3, généralement en situation semi-ombragée4, parfois en pleine lumière. Ils peuvent aussi être présents sur des sols plus drainants lorsque ceux-ci présentent une irrigation constante, comme en bord de cours d’eau. Ils sont caractérisés et dominés par l’herbe aux goutteux (Aegopodium podagraria)1, 3, 5, le sureau yèble (Sambucus ebulus)3, le cerfeuil des prés (Anthriscus sylvestris)3 ou le gaillet croisette (Cruciata laevipes)3. Ces groupements se développent en continuité des pâturages, des prairies, des chênaies, des hêtraies, des frênaies et au bord des chemins et des routes3.
  • les groupements à impatience et épiaire des forêts (Impatienti-Stachyon) se développent sur des sols frais*, en situation ombragée, au contact des fourrés humides, des forêts inondables, en lisières forestières ou en fossés3. Ils sont dominés par le brachypode des forêts (Brachypodium sylvaticum)3, la circée de Paris (Circaea lutetiana)3, la fétuque géante (Festuca gigantea)3, la ronce bleuâtre (Rubus caesius)3, l’épiaire des forêts (Stachys sylvatica)3, la laîche glauque (Carex flacca)3 et le solidage géant (Solidago gigantea)3, accompagnés d’espèces* de hêtraie3.
  • les groupements hygrophiles à liseron des haies (Convolvulion) se développent sur des sols fréquemment inondés3. Composés de dicotylédones* de grande taille (atteignant 1 ou 2 mètres de haut), ils se rencontrent au bord des petits cours d’eau où la forêt alluviale a été défrichée1, le long des fossés3 ou aux abords directs des zones marécageuses et des étangs3. Cette végétation est dominée par le liseron des haies (Calystegia sepium)1, 3, 5, l’épilobe hérissé (Epilobium hirsutum)3 ou l’eupatoire chanvrine (Eupatorium cannabinum)3 et il est possible d’y rencontrer le roseau commun (Phragmites australis)1, l’angélique sauvage (Angelica sylvestris)3, l’ortie dioïque (Urtica dioica)3, l’épilobe à petites fleurs (Epilobium parviflorum)3 ou le houblon (Humulus lupulus)1, 5. A proximité des cours d’eau, les surfaces récemment perturbées sont des sites régulièrement colonisés par des néophytes* invasives* telles que l’impatiente glanduleuse (Impatiens glandulifera)3, les renouées (Reynoutria japonica, R. x bohemica, R. sacchalinensis)1, 3, 5 et le solidage géant (Solidago gigantea)1, 3.

Où observer

Au bord du chemin du Creuson (Versoix), vers la réserve naturelle du bois des Douves dans les bois de Versoix. Au bord du chemin dans le bois de la Salle (Jussy), au sein des bois de Jussy.

Quand observer

En juillet, quand fleurissent l’eupatoire chanvrine et l’angélique sauvage, pour observer leurs fleurs discrètes et les nombreux insectes qui s’y nourrissent.

Profil

Surface en hectares
17
Pourcentage du canton occupé
0.06%
Humidité
Minimum Moyenne Maximum
2.9 3.4 3.8
Acidité
Minimum Moyenne Maximum
3 3.1 3.4
Richesse en nutriments
Minimum Moyenne Maximum
3.9 4 4.4
Granulométrie
Minimum Moyenne Maximum
3.8 4.1 4.4
Naturalité
Value
2

Le saviez-vous?

En plus de leur rôle pour la biodiversité, les lisières remplissent une fonction esthétique et paysagère. La présence de lisières étagées enrichit le paysage de zones fleuries, souvent situées aux abords des chemins pédestres. Leur aspect luxuriant et la présence d’une biodiversité* spécifique égaie l’expérience de la balade, ce qui bénéficie au bien-être des promeneurs. La création et l’entretien de belles lisières étagées où la ceinture buissonnante et l’ourlet peuvent se déployer pleinement renforceront donc le rôle récréatif de la forêt.

Valeur biologique

La flore des ourlets est composée d’espèces* herbacées* spécifiques à ce milieu*, auxquelles se mélangent des espèces* de prairies et de sous-bois. Les ourlets eutrophes sont globalement constitués d’espèces* végétales communes, mais ce sont des structures qui présentent un intérêt écologique élevé.

L’ourlet forme un maillon essentiel de la biodiversité, à l’interface entre les milieux* ouverts et les milieux* forestiers. La végétation des ourlets diffère de celle des prairies non seulement en termes de composition floristique, mais également en termes de structures et de type d’entretien: l’ourlet a une structure plus hétérogène et plus horizontale que la prairie et il est également moins souvent perturbé par des fauches1. Cette diversité d’espèces*, de formes et d’entretien, couplée à des floraisons étalées1, offre beaucoup de nourriture et d’abris pour les invertébrés. C’est un milieu* très important pour la faune en général, abritant, comme pour la flore, à la fois des espèces* spécialisées et des espèces* en visite depuis les milieux* adjacents6.

Quelques espèces* rares* sont inféodées aux ourlets eutrophes comme le cucubale à baies (Cucubalus baccifer), relativement fréquent à Genève, mais absent ailleurs sur le Plateau suisse, ou la cardère poilue (Dipsacus pilosus) rare*et menacée* sur le canton7, qui peut localement former des ourlets en bord de fossés ou de ruisseaux sur des sols alluviaux*, 3.

Vulnérabilité et gestion

L’ourlet est un milieu* dynamique qui s’étend naturellement dans les zones ouvertes peu entretenues et qui est tributaire de l’espace que lui laissent les activités humaines1. En contexte forestier, les ourlets se déploient sur les banquettes herbeuses des chemins, même s’ils peuvent être limités par la fermeture de la strate* arborescente. En bordure des zones agricoles, les ourlets sont peu présents du fait de l’exploitation des parcelles jusqu’à la forêt, ce qui supprime l’espace naturellement occupé par l’ourlet.

La coupe (fauche ou broyage) régulière et fréquente des ourlets (deux fois par an ou plus) ou précoce (avant juillet) appauvrit le cortège floristique des ourlets2 et tend à les faire disparaître. A l’inverse, en l’absence de tout entretien, les ourlets sont rapidement colonisés par les recrues forestières telles que le frêne2. La gestion des ourlets nécessite un entretien extensif*,6. Les ourlets sont souvent traités par broyage pour maintenir ces surfaces ouvertes. Le broyage convient aux ourlets s’il est suivi d’une évacuation des résidus végétaux. Le fait de laisser sur place le produit de coupe* ou de broyage enrichit le sol et crée une couche de litière qui nuit à la reproduction par semis des dicotylédones*, ce qui conduit à un appauvrissement de la diversité floristique2. Pour un entretien favorable à la biodiversité*, il est préconisé de réaliser une fauche annuelle ou bisannuelle tardive (septembre-octobre) et d’exporter le produit de coupe*, 2, 6. Il est aussi conseillé d’intervenir par secteurs en laissant des zones non fauchées dans les structures entretenues, qui servent de refuges pour la faune6.

Les ourlets, et surtout le Convolvulion, sont susceptibles d’être colonisés par des espèces invasives*, 1, 2, ce qui nuit à leur typicité et implique une attention particulière du gestionnaire.

Cartographie

Les ourlets sont sous-représentés dans la cartographie des milieux du fait de leur disposition en linéaires qui échappe à la résolution de la carte. Au vu de leur intérêt écologique, ils ont été ajoutés à la carte des milieux et les structures les mieux développées ont pu être cartographiées, ce qui fournit des informations importantes pour le gestionnaire.

Il existe des ourlets semés en zone agricole, formant des bandes herbacées qui font l’objet de paiements directs. Ils sont apparentés aux prairies intensives dans la carte des milieux, car ce sont des structures agricoles semées et incluses dans les terres assolées*, tandis que les ourlets naturels sont formés d’espèces* spontanées et ont une dynamique naturelle.

Dynamique

Fichier

Espèces

Flore vasculaire
Herbe aux goutteux Aegopodium podagraria
Alliaire officinale Alliaria petiolata
Epiaire des forêts Stachys sylvatica
Ronce bleuâtre Rubus caesius
Angélique sauvage Angelica sylvestris
Cerfeuil des prés Anthriscus sylvestris
Brachypode des forêts Brachypodium sylvaticum
Liseron des haies Calystegia sepium
Chérophylle penché Chaerophyllum temulum
Chélidoine Chelidonium majus
Circée commune Circaea lutetiana
Gaillet croisette Cruciata laevipes
Cucubale à baies Cucubalus baccifer
Epilobe hérissé Epilobium hirsutum
Eupatoire chanvrine Eupatorium cannabinum
Géranium herbe à Robert Geranium robertianum
Benoîte commune Geum urbanum
Houblon Humulus lupulus
Sureau yèble Sambucus ebulus
Torilis du Japon Torilis japonica
Ortie dioïque Urtica dioica
Oiseaux
Rossignol philomèle Luscinia megarhynchos
Fauvette à tête noire Sylvia atricapilla
Fauvette des jardins Sylvia borin
Reptiles
Lézard agile Lacerta agilis
Vipère aspic Vipera aspis
Amphibiens
Sonneur à ventre jaune Bombina variegata
Orthoptères
Criquet des clairières Chrysochraon dispar
Gomphocère roux Gomphocerippus rufus
Phanéroptère porte-faux Phaneroptera falcata
Lépidoptères
Carte géographique Araschnia levana
Sylvaine Ochlodes venata
Amaryllis Pyronia tithonus
Coléoptères terrestres
Clyte bélier Clytus arietis
Petit capricorne Cerambyx scopolii
Cétoine dorée Cetonia aurata
Grammoptera ruficornis
Plantes invasives
Impatiente glanduleuse Impatiens glandulifera
renouées Reynoutria japonica, R. x bohemica, R. sacchalinensis
Solidage géant Solidago gigantea
Auteurs
Anne-Laure Maire, Sophie Pasche, Yves Bourguignon, Pascal Martin, Florian Mombrial, Patrice Prunier