Prairies artificielles extensives

Arrhenatherion semés

Description

Les prairies artificielles extensives sont des surfaces herbacées* principalement liées à l’exploitation agricole, mais il est aussi possible de les rencontrer dans l’espace urbain. Semées avec des mélanges12 issus du commerce, elles sont composées d’un assortiment prédéfini d’espèces3 dont les graines n’ont pas une provenance locale. C’est ce qui les différencie des prairies semi-naturelles qui n’ont pas, de mémoire d’homme, été semées; ou alors avec des méthodes préservant les écotypes* comme l’herbe à semences ou la fleur de foin. Souvent installées sur des sols profonds, frais et riches en substances nutritives*, 4, elles atteignent entre 70 et 100 cm de hauteur à la floraison4, 7. Fauchées une ou deux fois par an6, 7, rarement avant la mi-juin7, elles présentent une production en matière sèche de maximum 6 tonnes par hectare et par an. Selon les cas, elles peuvent, en plus de la fauche, faire l’objet d’une pâture automnale4, 7.

La composition spécifique, et donc la qualité biologique de ces prairies, est dépendante de plusieurs facteurs. Il s’agit (par ordre d’importance supposé) du type de mélange semé (diversifié et riche en plantes à fleurs colorées ou a contrario pauvre sur le plan spécifique avec une dominance de graminées), de l’intensité des pratiques ainsi que des caractéristiques écologiques des sols. Il est à noter que la plupart des sols «agricoles» ont des caractéristiques «moyennes», c’est-à-dire qu’ils ne présentent pas d’extrêmes écologique, et donc pas de facteur limitant au développement des espèces à large spectre. Par contre, quel que soit le contexte, la pratique de fauche a toute son importance. Plus elle sera précoce et fréquente, plus les graminées domineront8. A l’inverse, plus la gestion se rapprochera d’une exploitation traditionnelle comprenant deux fauches (une en début d’été et une au début de l’automne), plus le cortège floristique pourra être important et diversifié7. Il est ainsi possible de créer de très belles prairies semées, riches en fleurs colorées ! Et s’il ne connaît pas l’histoire de la prairie, il sera difficile pour un botaniste d’identifier son origine artificielle. Seul un œil exercé pourra, dans certains cas, déceler un mélange d’espèces ou un faciès attribuable aux mélanges commercialisés.

Ces prairies sont le plus souvent dominées par le caractéristique fromental (Arrhenatherum elatius)6,  7 accompagné d’espèces tolérantes aux perturbations du sol (écorchures, taupinières) comme le brome mou (Bromus hordeaceus)6.

La carte cantonale des milieux regroupe à l’échelle du 1:5’000e deux variantes artificielles de qualité qui s’apparentent aux variantes des prairies semi-naturelles extensives:

Où observer

A la Terre de Pregny des Conservatoire et Jardin botaniques de la Ville de Genève (Pregny‑Chambésy). La partie sud de la prairie a été ensemencée avec des mélanges commerciaux entre 1992 et 1996.

Quand observer

De mi-mai à mi-juin pour profiter de la magnifique floraison avant la première fauche.

Profil

Surface en hectares
426.1
Pourcentage du canton occupé
1.50%
Humidité
Minimum Moyenne Maximum
2.8 2.8 2.9
Acidité
Minimum Moyenne Maximum
3.1 3.1 3.2
Richesse en nutriments
Minimum Moyenne Maximum
3 3.3 3.5
Granulométrie
Minimum Moyenne Maximum
4 4.1 4.2
Naturalité
Value
3

Le saviez-vous?

Sur un sol argileux, la transformation d’une prairie extensive à tendance sèche (Arrhenatherion : Ranunculo-Arrhenatheretum) en prairie intensive est très rapide ; mais l’inverse est beaucoup plus difficile. Même si l’enrichissement en fertilisant a été de courte durée, le retour à une grande diversité biologique nécessitera de nombreuses années : dans certains cas, suite à des enrichissements réguliers, il sera probablement nécessaire de patienter au moins vingt ans avant de pouvoir observer des effets concrets ! Des décennies qui permettront au sol de s’amaigrir à nouveau. Sur un sol plus drainant, le retour à un sol maigre pourra se faire en trois à cinq ans seulement.

Valeur biologique

Les belles prairies artificielles extensives (semences de qualité, pratiques extensives) se distinguent par leur part importante de plantes à fleur aux couleurs contrastées. Bien qu’il s’agisse pour la grande majorité d’espèces communes répandues dans toute la Suisse au sein de groupements végétaux variés4, l’abondance de fleurs est très attractive pour les insectes comme les papillons, les abeilles, les coléoptères, les criquets ou les sauterelles.

Certains mammifères comme le campagnol des champs (Microtus arvalis) ou le lièvre (Lepus europaeus) trouvent également dans ces prairies à hautes herbes un garde-manger abondant. La présence de quelques arbres isolés ou de buissons constitue un atout biologique supplémentaire. En effet, ils contribuent à attirer les oiseaux, comme le tarier pâtre (Saxicola torquatus), qui s’y perche pour faire le guet. En résumé, ces prairies laissent s’exprimer une biodiversité foisonnante!

Vulnérabilité et gestion

Encore largement répandues jusqu’au début du XXe siècle dans une grande partie du pays, les prairies extensives ont ensuite très fortement régressé, notamment sur le Plateau4. La réorientation de la politique agricole, dans les années 1990, vers une agriculture plus proche de la nature a permis de retrouver, en partie, ces surfaces perdues. L’ensemencement avec des mélanges commerciaux riches en diversité spécifique a alors été valorisé et de nombreuses prairies artificielles extensives ont fait leur apparition. Au quotidien, le maintien de ces prairies dépend d’une pratique de fauche traditionnelle réalisée une ou deux fois par an, sans apport d’engrais. Une fertilisation* ponctuelle peut parfois être réalisée de manière très parcimonieuse et uniquement sous forme de fumier. Si le régime de fauche s’intensifie ou que celle-ci est réalisée trop précocement, une grande part des plantes et insectes n’ont pas le temps de réaliser leur cycle de vie complet et le cortège floristique s’appauvrit rapidement4. Un enrichissement trop important du sol par apport d’engrais tend également à banaliser la composition floristique en favorisant les espèces les plus compétitrices. Le soin apporté à l’herbe fauchée a toute son importance1,2. Idéalement le produit de coupe est laissé au sol pendant minimum 2 ou 3 jours afin d’assurer la dispersion de la petite faune et la dissémination* des graines7. Il est ensuite exporté7 pour la production de fourrage d’une part, mais également afin de garantir le maintien du milieu (qui ne supporte pas un broyage avec maintien de la matière sur place). Pour préserver une partie des populations d’insectes qui vivent dans les prairies, et qui perdent leur habitat lors de la fauche, des zones refuges*, non fauchées, peuvent être maintenues7. Par exemple, une bande herbeuse marginale peut être laissée sur pied lors de la première intervention. Lors des passages suivants, d’autres secteurs seront laissés en place afin de pérenniser le milieu. En effet, l’abandon des pratiques de fauche traditionnelles sur une surface peut conduire à un embroussaillement rapide7. La conservation volontaire de quelques buissons est cependant très bénéfique pour certaines espèces animales7.

C’est notamment le cas du flambé (Iphiclides podalirius), qui recherche des arbustes comme le merisier à grappes (Prunus padus), le prunellier (Prunus spinosa) ou les aubépines (Cratagus spp.) pour nourrir ses chenilles. Une fois adulte, ce papillon s’alimente avec le nectar des fleurs qu’il trouve idéalement dans les prairies attenantes. Le gestionnaire doit aussi veiller à limiter l’intensification de l’agriculture, qui tend à faire évoluer le milieu vers les prairies artificielles intensives plus productives mais biologiquement moins diversifiées. Lors de la création de nouvelles prairies, il valorisera le recours à des mélanges présentant une haute diversité floristique et composés de semences certifiées indigènes (mélanges genevois)5. Notons que ces prairies sont généralement inscrites, par les exploitants, en surfaces de promotion de la biodiversité* (SPB).

Cartographie

Certains groupements plus rudéralisés (Arrhenatherion: Tanaceto-Arrhenatheretum et Dauco-Arrhenatheretum), décrits sous accotements, peuvent avoir été en partie classifiés en prairies artificielles extensives lorsqu’ils n’étaient pas disposés linéairement le long des routes.

Dynamique

Fichier

Espèces

Flore vasculaire
Vulpin des prés Alopecurus pratensis
Fétuque des prés Festuca pratensis
Trèfle des prés Trifolium pratense
Sauge des prés Salvia pratensis
Rhinanthe velu Rhinanthus alectorolophus
Pâturin commun Poa trivialis
Pâturin des prés Poa pratensis
Marguerite Leucanthemum vulgare
Knautie des champs Knautia arvensis
Avoine pubescente Helictotrichon pubescens
Dactyle aggloméré Dactylis glomerata
Flouve odorante Anthoxanthum odoratum
Centaurée jacée Centaurea jacea
Cardamine des prés Cardamine pratensis
Campanule étalée Campanula patula
Brome mou Bromus hordeaceus
Fromental Arrhenatherum elatius
Salsifis d’Orient Tragopogon pratensis subsp. orientalis
Avoine dorée Trisetum flavescens
Mammifères
Campagnol des champs Microtus arvalis
Oiseaux
Alouette des champs Alauda arvensis
Tarier pâtre (si buissons) Saxicola rubicola
Orthoptères
Criquet des mouillères Euchorthippus declivus
Decticelle bariolée Metrioptera roeselii
Decticelle chagrinée Platycleis albopunctata
Criquet du brachypode Stenobothrus lineatus
Lépidoptères
Azuré de la faucille Cupido alcetas
Azuré du trèfle Cupido argiades
Demi-deuil Melanargia galathea
Mélitée du plantain Melitaea cinxia
Azuré de l’ajonc Plebejus argus
Azuré des anthyllides Polyommatus semiargus
Coléoptères terrestres
Agrilinus ater
Taupin des moissons Agriotes lineatus
Hanneton des jardins Phyllopertha horticola
Auteurs
Sophie Pasche, Yves Bourguignon, Pascal Martin, Florian Mombrial, Patrice Prunier